Contre vents et marées

Publié le 12 juillet 2018
Dernière recrue maritime en date, Mamadou Guirassy est revenu sur son parcours atypique et sur son rêve américain, lui qui a passé les quatre dernières années aux Etats-Unis.
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  • Mamadou, peux-tu revenir sur ton parcours de footballeur ?

« Il y a un club central dans mon parcours, c’est celui d’Issy-les-Moulineaux. Avant cela, j’ai joué au FC Lilas dans la catégorie débutants, mais j’ai vite rejoint le FC Issy-Les-Moulineaux en région parisienne. Je pense que j’y ai été licencié de U9 à U19. C’est un club dans lequel je me plaisais, où je connais tous les coachs, où on a un très bonne génération de joueurs dont la plupart sont toujours restés fidèles au club. »

  • Après dix années à Issy, tu as décidé de partir étudier aux Etats-Unis…

« J’ai eu mon BAC puis j’ai dû travailler une année afin de mettre des sous de côté pour pouvoir aller étudier aux Etats-Unis. Je continuais à jouer en U19 avec Issy, tout en travaillant dans une entreprise de livraison à domicile. En effet, ma bourse ne couvrait pas l’ensemble des dépenses lors de la première année. Aux Etats-Unis, la bourse évolue en fonction des performances. J’ai eu la chance de voir la mienne augmenter dès la deuxième année et prendre en charge l’ensemble des frais de scolarité. »

  • A quel moment t’es-tu dit que tu pouvais essayer de vivre du foot ?

« Je suis d’abord allé aux Etats-Unis pour suivre des études de commerce international et de marketing. Je savais que le foot était un moyen pour me permettre de payer ces études, mais le moment où j’ai vraiment eu un déclic et où je me suis dit que je pouvais en faire mon métier, c’était lors du tournoi de Toulon avec l’équipe nationale de Guinée. On avait joué contre l’Angleterre, le Portugal et des joueurs qui évoluaient déjà en Ligue 1, en Premier League etc. En me retrouvant sur le même terrain qu’eux et en jouant pareil qu’eux (il avait marqué contre le Paraguay), je me suis dit que le chemin n’était pas si long et que si je travaillais, il y avait peut-être moyen d’y arriver. »

  • Après tes quatre années universitaires, tu as été drafté par l’équipe des Portland Timbers, c’était ton objectif ?

« Clairement oui. N’importe quel étudiant international qui vient faire ses études universitaires aux Etats-Unis a cet objectif d’être drafté après les quatre ans. Aller en MLS (Major League Soccer), c’est le but ultime. Mais c’est très sélectif puisqu’il y a près de 200 universités en division 1 universitaire, soit à peu près 6000 joueurs ! Sauf qu’il n’y en a que 80 qui se voient draftés chaque année. C’est la crème de la crème et c’est un processus difficile. Se faire drafter aux Etats-Unis, c’est quelque chose de prestigieux. »

  • On imagine que c’était donc un honneur de te retrouver sur cette short-list ?

« Complètement. C’était très stressant parce que ce sont les clubs qui décident quel joueur sélectionner. Une fois que tu entends ton nom, c’est le soulagement. »

  • Pour toi, ça a été Portland. Que s’est il passé une fois la draft terminée ?

« J’ai d’abord reçu un coup de fil du coach pour me féliciter. Il a dit qu’il se mettrait en contact avec moi pour le côté logistique : transport, hôtel etc. Seulement voilà, j’ai eu un problème puisqu’il me manquait un semestre pour valider mon diplôme au moment de la draft. J’ai voulu suivre mes cours en ligne afin de pouvoir aller à Portland, sauf qu’en tant qu’étudiant étranger, j’étais obligé de suivre les cours à l’université. J’avais fait la pré-saison et le début de préparation avec Portland, jusqu’à ce que je reçoive cet email de l’école m’indiquant que je devais terminer mon diplôme sur place. Etant donné que la saison de MLS commençait en mars, Portland m’a dit que je ne pourrais pas reprendre avec la MLS à mon retour, mais avec la réserve uniquement. Mais ce n’était pas un projet qui m’intéressait. Aux Etats-Unis, c’était la MLS ou rien pour moi. »

« Le niveau universitaire américain correspond au CFA2 »

  • C’est pour cela que tu as décidé de faire ton retour en France et à Dunkerque. Pourquoi ce choix ?

« Le contact avec Dunkerque s’est fait par le biais de mon frère qui avait une connaissance commune avec le club. Il m’a dit que plusieurs clubs de National cherchaient à m’avoir en essai, mais il m’a dit que l’USLD serait certainement la meilleure opportunité puisq’il y avait eu pas mal de départs. C’est une équipe en reconstruction. Au delà de ça, Dunkerque est un club ambitieux, avec notamment ce nouveau stade en construction. C’est pourquoi j’ai fait le choix de l’USLD et l’essai s’est avéré concluant. »

  • Quels sont tes objectifs avec Dunkerque ?

« Mes objectifs, c’est d’apprendre un maximum tactiquement et sur le plan football, d’essayer de devenir le meilleur joueur possible et d’aider le club à atteindre ses objectifs. D’un point de vue personnel, je suis un attaquant, donc j’ai forcément envie de marquer des buts. »

  • Justement, tu as un modèle d’attaquant ? Un joueur qui t’a impressionné lors de cette Coupe du Monde ?

« Mon modèle n’est plus à la Coupe du Monde puisque c’est Didier Drogba. J’essaie de calquer mon jeu sur le sien. Dans cette Coupe du Monde, j’aime beaucoup Lukaku qui est dans le même registre. Et puis, il y a un autre joueur qui nous fait tous rêver pendant cette Coupe du Monde, c’est M’Bappe. »

  • On imagine que tu es désormais bilingue après quatre années outre-Atlantique ?

« Oui je suis même trilingue puisque je parle Guinéen. C’est de là dont je suis originaire. »

  • Qu’est ce qui t’a le plus marqué aux Etats-Unis ?

« Je pense que c’est cette mentalité de ne jamais abandonner. Ils ont un mental d’acier et quoiqu’il arrive, ils ne veulent pas entendre d’excuses. C’est quelque chose qui te force à puiser mentalement. J’ai fait des choses que je ne pensais pas être capable de faire. Et ça m’aide énormément aujourd’hui, notamment lors des séances de préparation physique où 90% se passe dans la tête. C’est une bataille contre toi-même et c’est quelque chose que j’ai appris aux Etats-Unis. Après, il y a eu des moments difficiles où mon pays me manquait. Ce n’est pas simple d’être éloigné de la famille et des amis pendant quatre ans. A la base, je voulais absolument quitter la France et Paris pour vivre mon rêve aux Etats-Unis. Sauf qu’après quatre ans, je voulais absolument rentrer en France ! »

  • A quel niveau comparerais-tu le niveau universitaire américain ?

« Je dirais que ça correspond au niveau CFA2. Il y a vraiment de bons joueurs qui pourraient prétendre au championnat de National, mais en général, c’est plus un niveau de CFA 2 ou de DH. Il y a une grande disparité entre les équipes, mais comme il y a de plus en plus d’étudiants internationaux, le niveau ne cesse de progresser. De mon côté, j’avais l’impression d’avoir fait tout ce que je pouvais dans ce championnat universitaire et qu’il fallait que je passer au palier supérieur. Du coup, je suis heureux d’arriver à Dunkerque pour montrer ce que je sais faire. »