L’USL Dunkerque structure son avenir, interview croisée entre Hichem Boumbar et Selçuk Demir

L’USL Dunkerque structure son avenir, interview croisée entre Hichem Boumbar et Selçuk Demir

Publié le 10 avril 2026
Un centre de formation ne se résume pas à l’aspect technique : c’est un véritable écosystème de performance, pensé pour accompagner durablement l’ambition du club et de son territoire.
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Avec l’arrivée d’Hichem Boumbar au poste de Directeur Technique, l’USL Dunkerque affirme un peu plus sa volonté de structurer durablement son avenir. Fort d’un parcours riche, en France comme à l’international, au sein de clubs, de fédérations et d’environnements de haut niveau, il vient accompagner une ambition forte du club : bâtir un centre de formation solide, cohérent et fidèle à l’identité dunkerquoise. Vision, méthodologie, exigence, ancrage territorial et passerelles entre la formation et le monde professionnel : dans cet entretien croisé avec le président Selçuk Demir, il dévoile les contours d’un projet pensé pour faire grandir le club dans la durée.

Hichem, pouvez-vous nous parler de votre parcours avant l’USL Dunkerque ?

Hichem Boumbar : « Mon parcours s’est construit avec exigence et progression, autour d’une conviction forte : la performance durable passe par la structuration et la formation.

En France, j’ai débuté au CS Mainvilliers en tant que Directeur Technique, avec une mission de structuration, avant d’évoluer à Chartres Horizon puis à C’Chartres Football, où j’ai consolidé mon expertise dans le développement et l’accompagnement des jeunes joueurs. En parallèle, j’ai été engagé pendant près de dix ans auprès du District d’Eure-et-Loir, en intervenant sur différentes actions : détection, rassemblements, centres de perfectionnement et matchs de sélection départementale. J’ai également contribué à l’observation de joueurs à fort potentiel en région Centre, notamment pour le club de Valenciennes. À l’international, j’ai intégré le staff du Burkina Faso aux côtés de Hubert Velud, avec une participation à la CAN en Côte d’Ivoire et aux qualifications pour la Coupe du Monde, avant de participer à une nouvelle CAN au Maroc avec l’Ouganda aux côtés de Paul Put.

Ces expériences m’ont permis d’évoluer dans des environnements de très haut niveau, au contact de joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens et en Ligue des Champions, renforçant mon exigence, mon expertise et ma capacité d’adaptation à des contextes internationaux exigeants.

Aux Émirats arabes unis, j’ai occupé pendant cinq saisons le poste de Directeur Technique au Hatta Club, avant de rejoindre Shabab Al Ahli Dubai. En parallèle, j’ai été Coordinateur Technique auprès du Dubai Sports Council (institution gouvernementale), où j’accompagnais les clubs dans la structuration de leurs académies, le développement des joueurs et l’organisation de leurs départements sportifs, notamment en matière de recrutement et de direction sportive. J’ai également eu l’opportunité d’intervenir comme formateur auprès de la Fédération des Émirats pour la formation des entraîneurs (AFC A).

Sur le plan académique, je suis titulaire de plusieurs diplômes, dont une licence en droit, un diplôme universitaire en préparation physique et réathlétisation, un diplôme de préparation mentale, une certification FIFA en développement des talents et la licence d’entraineur professionnel UEFA Pro. Grâce à mes différents parcours universitaires, je suis intervenu comme formateur auprès d’étudiants en Master 2 en management du sport. »

Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre l’USL Dunkerque pour accompagner notamment le projet de centre de formation ?

H.B. : »Ce qui m’a marqué, c’est la cohérence du projet et la clarté de la vision. Le club dégage des valeurs fortes, un environnement sain et une ambition claire de structuration dans la durée. La dimension humaine a été déterminante, avec une volonté collective de construire et de progresser ensemble.

Il y a également une forte cohérence avec la vision portée par Demba Ba, notamment dans l’exigence et la volonté de mettre en place un modèle équilibré entre développement et performance.

Dans ce cadre, mon rôle de Directeur Technique prend tout son sens, avec une mission centrale : créer du lien entre l’équipe professionnelle, la post-formation, la formation et la préformation, en installant une méthodologie commune et une vision partagée à tous les niveaux du club. »

Selon vous, quelles sont les étapes essentielles pour construire un centre de formation solide, structuré et ambitieux ?

H.B. : »Un centre de formation ne se résume pas à l’aspect technique : c’est un véritable écosystème de performance.

Il doit reposer sur une organisation structurée, des compétences fortes et une gouvernance maîtrisée, notamment sur le plan financier. Nous travaillons en étroite collaboration avec le président Selçuk Demir et les équipes du club pour construire un modèle stable, durable et conforme aux exigences des cahiers des charges fédéraux.

Le projet s’appuie sur plusieurs piliers essentiels :

  • Un pôle performance structuré, avec une coordination étroite entre le médical et la préparation physique
  • Un pôle de développement individuel, pour optimiser le potentiel de chaque joueur
  • Des staffs qualifiés et diplômés, répondant aux standards du haut niveau
  • Un suivi scolaire et éducatif structuré
  • Un centre d’hébergement et une restauration adaptés à la performance
  • Des pôles support performants (administratif, intendance, logistique)
  • Un pôle vidéo et analyse au service de la progression
  • Un pôle spécifique gardiens de but
  • Des infrastructures adaptées (terrains, vestiaires, salles de réunion, soins, bureaux)

L’ensemble doit fonctionner dans un environnement structuré, exigeant et parfaitement coordonné. »

Quels seront vos principaux chantiers dans les prochains mois autour de ce projet ?

H.B. : »Les premières semaines ont été consacrées à une phase d’audit approfondie, afin d’analyser le fonctionnement du club et d’identifier les axes prioritaires de structuration.

L’objectif est désormais de mettre en place une organisation claire, efficace et durable, avec une vision commune et un modèle équilibré entre développement et performance. Un axe fort concernera la réorganisation de la préformation, avec la mise en place d’un collège référent afin de structurer une préformation élite et optimiser le suivi scolaire, éducatif et sportif.

En parallèle, un travail sera mené sur la structuration du centre de formation, à la fois sur le plan organisationnel et financier, en lien avec le président Selçuk Demir et les équipes du club. L’un des points clés sera également de définir, avec Demba Ba, l’ADN du club, le projet de jeu, une méthodologie commune, Politique de Recrutement sur les jeunes avec Romain Decool et Benjamin Brat, afin d’assurer une continuité entre le groupe professionnel et l’Académie .

Enfin, nous mettrons en place des outils de suivi et de pilotage de la performance, avec des indicateurs clairs pour accompagner le développement des joueurs et la progression du club. »

Comment faire en sorte que ce futur centre de formation soit en parfaite cohérence avec l’identité et les ambitions du club ?

H.B. :« La cohérence repose sur un équilibre entre vision, valeurs, gouvernance et performance. Le centre doit être connecté à son territoire, en valorisant des profils à fort potentiel avec une identité locale forte, tout en étant capable de se projeter vers le très haut niveau. L’objectif est de former des joueurs capables d’intégrer rapidement les exigences du monde professionnel mais aussi des joueurs intelligents, capables de s’adapter au football moderne, que ce soit au sein du club ou à l’international.

Cela implique de structurer un environnement exigeant, avec une méthodologie claire, une gestion maîtrisée et une continuité entre formation et performance. Au final, il s’agit de construire un modèle équilibré et durable, au service de l’identité et des ambitions du club. »

En quoi le lien entre la formation, la post-formation et le groupe professionnel est-il indispensable dans la réussite d’un tel projet ?

H.B. :« C’est un élément structurant dans la réussite d’un projet de performance durable. Le lien entre la préformation, la formation, la post-formation et le groupe professionnel permet d’assurer une continuité dans les méthodes de travail, les exigences et la culture de performance. L’objectif est de construire un parcours clair et cohérent pour le joueur, avec des étapes maîtrisées et une progression alignée sur les standards du haut niveau.

Ce lien permet également d’optimiser la prise de décision, notamment dans l’intégration progressive des jeunes joueurs au groupe professionnel, en s’appuyant sur des repères communs et des critères d’évaluation partagés. L’enjeu est de garantir cette cohérence globale, en créant des passerelles efficaces entre les différents niveaux et en alignant l’ensemble des acteurs autour d’une même vision.

C’est aussi un levier stratégique pour le club, en renforçant l’identité collective et en structurant un modèle capable de produire de la performance dans la durée. »

Au-delà de l’aspect sportif, quelles valeurs et quel cadre souhaitez-vous transmettre aux jeunes qui intégreront ce projet ?

Selçuk Demir : « On est dans un territoire où la valeur travail, l’humilité et le collectif ne sont pas des concepts, mais une réalité. C’est ce qu’on veut retrouver chez nos jeunes. On ne forme pas seulement des joueurs, on forme des profils capables de s’inscrire dans un groupe et d’adhérer pleinement aux valeurs du dunkerquois. »

Selon vous, que devra représenter à terme le centre de formation pour l’USL Dunkerque et pour son territoire ?

S.D. :« Le centre doit devenir un pilier du club, un endroit où l’on forme des joueurs à notre image, avec nos exigences, et où l’on construit dans la durée plutôt que de dépendre uniquement du marché. C’est aussi un levier de stabilité dans un football qui devient de plus en plus incertain. 

Pour le territoire, le centre doit être une source de fierté. Chaque dunkerquois doit pouvoir se reconnaître dans le projet. Ce n’est pas seulement le projet du club mais bien celui d’un territoire. On veut que des jeunes, qu’ils soient d’ici ou passés par Dunkerque, puissent réussir au haut niveau en portant cette identité. C’est aussi un cadre structurant, exigeant, qui peut offrir de vraies perspectives à ceux qui sont prêts à s’engager. »